EDITO FESTIVAL 2017


 

A l’heure où nous écrivons ces lignes (début avril 2017), nous ne savons pas quelle future politique culturelle se dotera notre pays, et franchement, peu nous importe… En fait non, évidemment. Et puis si, en fait, aussi...

D’une part, nous nous sommes tellement déjà battu durant 27 ans, que vu le chemin parcouru on en a connu quelques unes, voyez :  des embûches, des empêcheurs de jazzer en rond, des pour lesquels notre projet était tout sauf de la musique, bref.

Mais aussi et c’est bien là le plus important, des personnes qui y croyaient avec nous, et qui nous ont confirmé, nous qui avons toujours tant douté, que l’on pouvait être vraiment fiers de ce que l’on réalisait. Ouf...

Nous ne sommes certes pas invulnérables, ce projet artistique qui s’est inscrit dans un territoire depuis 27 ans se réalise grâce au public bien sûr mais aussi grâce aux nombreuses collectivités, institutions et partenaires qui nous soutiennent jusqu’à maintenant, ceci dit sans aucun brossage de poils, c’est une réalité.

Une réalité qui pourrait bien basculer, nous en sommes conscients avec l’incertitude du projet politique culturel dont nous parlions plus haut… Et c’est face à cette incertitude que notre motivation se décuple, que notre inspiration grandit, puise sa force dans la synergie, avec une belle idée de ce que peut être la coopération créative dans laquelle nous nous inscrivons.

« L’homme de culture doit être un inventeur d’âmes », cette phrase d’Aimé Césaire, telle une exigence, nous somme de relever le poing comme on relève le gant, nous ouvre un horizon à conquérir, et l’un des plus beaux, car l’homme descend du songe… Vous en doutiez ? Pourtant 1+1 = 3, non ?

 

L’association Jazz Pyr’

 

 

UNE IDEE DU FESTIVAL 2017


 

Dans une équipe de rugby, tout entraîneur vous le dira (à quelques exceptions méditerranéennes près), il est indispensable d’aligner des jeunes joueurs et des anciens ; ce que l’on appelle un amalgame, la fougue juvénile complémentaire avec l’expérience et la science.

En ce qui concerne le jazz et la musique improvisée (et vous aviez vu venir la transition !), cette philosophie n’est point de mise, loin s’en faut…

S’il existe « une passation » qui peut se traduire sous différentes formes, voire même un héritage de génération en génération, il existe aussi un véritable cloisonnement inter-générationnel au point d’engendrer un certain formatage ou plus justement un « son générationnel ».

L’an dernier, au travers de notre programmation, nous avions mis l’accent sur le travail extrêmement vivant des collectifs de musiciens que l’on retrouve un peu partout en France et qui génèrent de nombreux projets passionnants… En 2017, nous aurons le plaisir de présenter le groupe FREAKS du violoniste Théo Ceccaldi, qui même s’il n’est pas rattaché officiellement à un collectif, est encore un bien bel exemple de la pertinence de cette effervescence ; de même pour le singulier QUATUOR MACHAUT et l’explosif BO BUN FEVER avec Quentin Biardeau, qui illustrent tous deux la grande variété des propositions du « Tricollectif » Orléannais, ainsi que le projet anachroniquement dansant TOCC BEAT CLUB du collectif de Lille « Muzzix ».

 

Bien heureusement, il existe comme pour toutes les règles, des exceptions et des contres-pieds... Loin de nous la prétention de dicter quelconque règle de vie dans le paysage musical contemporain, mais plutôt la volonté de témoigner du bienfait de cette transversalité temporelle ou même modestement de l’encourager car on s’aperçoit que c’est le plus souvent « gagnant-gagnant ». Lors de cette prochaine 27ème édition du festival Jazz à Luz, la pertinence du mélange inter-générationnel sera notamment illustrée par la création JARAWA PROJECT, un quintet conduit par le jeune trompettiste Aymeric Avice, avec l’emblématique Daunik Lazro au saxophone, l’expérimenté Jean-Philippe Morel à la contrebasse, le guitariste hollandais Jasper Stadhouders et le batteur percussionniste égypto-burkinabé Ahmed Compaoré ; mais aussi par la rencontre entre le pianiste espagnol Agusti FERNANDEZ et la jeune violoniste tunisienne Yasmine AZAIEZ ; et par les 24 musiciens réunis par Claire BERGERAULT dans le grand orchestre contemporain LE LOBE.

 

Depuis deux ans, parmi les bons souvenirs de nos aventures musicales Jazz à Luz, nous gardons en tête cette image subliminale suspendue à plus de 2300 mètres d’altitude sur les sommets des montagnes de Luz Ardiden, du spectacle du comédien Denis Lavant avec les musiciens Laurent Paris et Camille Secheppet autour du poème « Le dit du vieux marin » de Samuel Taylor Coleridge.  C’est en pensant à ce moment que nous avons imaginé le fil rouge de cette année, comme pour continuer d’écrire (à notre façon) une histoire autour de la voix, autour des mots, autour du texte…

 

En effet, de tout temps les mots et les textes ont été associés à la musique : sur les mélodies avec la chanson, sur les rythmes avec le rap ou le slam… Cette année, la voix se mêlera encore et pour toujours à la musique : les textes de Fabien-Gaston Rimbaud et Léa Monteix rencontreront le rock contemporain dans l’inclassable formation POULAINJAR en version quartet; les voix multiples de Frédéric Jouanlong se mélangeront à l’accordéon de Jesus Aured dans le duo MERLEAU PONTY ; la voix protéiforme de Violaine Lochu croisera la viole de gambe baroque de Marie-Suzanne de Loye dans le duo ANIMAL K ; le chanteur Beñat Achiary rencontrera le musicien de cornemuse Erwan Keravec dans AMETSA.

Dans les villages du Pays Toy, les poètes sonores Sébastien LESPINASSE et Anne-Claire HELLO nous proposeront un cheminement bucolique inédit au travers de « performance poétique », entourés de musiciens du festival. La démarche du poète sonore creuse un peu plus le sillon de la poésie. Il met en espace, en performance ses propres textes, avec (ou sans d’ailleurs) un apport de musique improvisée.

Certains musiciens du festival se prêteront également à d’autres exercices du genre comme une lecture musicale avec la comédienne Mélia BANNERMAN et le guitariste Richard COMTE.

 

Le projet totalement débridé et détonnant de la CELLULE D’INTERVENTION METAMKINE, proposé par Jérôme Noetinger (dispositif électroacoustique) entouré de deux projectionnistes 16mm, Christophe Auger & Xavier Quérel, sera cette année notre clin d’œil au monde de l’image et du cinéma.

Nous retrouverons aussi tout au long du festival, aux coins des rues, sur les places des villages, sur les terrasses des cafés ou dans l’antre d’un club pour noctambules, de nombreux concerts aux couleurs variées et aux accents de fêtes avec RED CIRCLE de la compagnie de danse Yann LHEUREUX, GWYN WURST (ovni technoïde), SIKANIA (chansons d’amour et tragédies du sud de l’Italie), HOUBA ROCK AND DRUMS (batucada rock), LES ROGER’S (brass band Nouvelle-Orléans), Z & THE TIKI TWISTERS (surf musique), LE BAL CHALOUPE, le collectif local STRICTLY VINYLS, LA FANFARE D’OCCASION (libre vagabondage orchestré).

Enfin, les moments de rencontres, de partage et de discussions seront privilégiés avec notamment les rendez-vous France Musique d’Anne Montaron, une conférence Jazz présentée par Alexandre Pierrepont, des moments pour les enfants et les parents, sans oublier notre projet « JAZZ EN MARCHE, excursions artistiques en Pays Toy » qui nous mène depuis 2 ans à la découverte des villages de notre vallée de montagnes. Au travers de ce projet, nous invitons festivaliers et habitants à se rencontrer au travers de journées artistiques où la création rime avec improvisation et valorisation du patrimoine et cela en collaboration avec les artistes du festival.

 

Jean-Pierre Layrac

Président de l’association Jazz Pyr’